Ils ravivent les couleurs de leur église

Un village de l’Orne remue ciel et terre pour redonner vie à son église. Le maire a même rejoint Rome à pied pour récolter des dons.

Depuis plusieurs années, le maire et une association se battent pour restituer la beauté originelle de l’église de Ménil-Gondouin, un village de 180 habitants. « Entre 1873 et 1921, l’abbé Victor Paysant, curé de la paroisse et religieux iconoclaste, avait pris l’habitude de peindre ses souvenirs de pèlerinages sur les murs de son église ‘vivante et parlante’, comme il l’appelait. Ses dessins représentaient un catéchisme mural accessible à tous », raconte le maire, Guy Béchet. Les palmiers, inscriptions multicolores et gravures ne sont pas du goût de l’Évêché qui, à la mort du prêtre, s’empresse de tout faire disparaître. La façade extérieure est passée à la chaux. L’intérieur presque totalement replâtré. « Il fallait oublier ce curé farfelu », commente André Clérembaux, président de l’association des « Amis de l’église vivante et parlante » et grand collectionneur, depuis les années 70, des cartes postales représentant le lieu saint.

Le projet de réhabilitation végète pendant plus de vingt ans, faute de financements. Avec l’élection de Guy Béchet à la mairie en 2001, tout s’accélère. La chasse aux subventions commence. La fondation du patrimoine s’associe au projet avec d’autres partenaires. Et pour récolter des fonds, en avril 2004, le maire décide de rejoindre Rome à pied ! Le coup réussit : l’édile passe au JT de Jean-Pierre Pernaut sur TF1 ! Les dons se multiplient et les premiers travaux extérieurs commencent en août 2004. « Malgré l’état de la façade, en différents endroits on devinait les peintures de l’abbé Paysant. Ça a été un travail de reconstitution très intéressant à mener », se souviennent Hugues et Jean-François Sineux, artistes peintres qui ont suivi scrupuleusement le modèle des cartes postales d’André Clérembaux. Rapidement, la décision est prise de réhabiliter aussi l’intérieur. La Commission d’art sacré du diocèse donne son accord, à condition que « l’église ne soit pas transformée en musée et demeure un lieu de culte. » Mais l’argent manque. Les frères Sineux arrangent alors une rencontre entre Guy Béchet et le philosophe ornais Michel Onfray qui lui présente Patrick Cohen, célèbre pianiste propriétaire d’une maison dans l’Orne. « Peut-être pourra-t-il vous aider ? » Avec le maire, le courant passe. Le pianiste organise deux concerts au profit de l’église de Ménil-Gondouin.

Les frères Sineux devraient achever de restituer le décor de l’église en juin. Les peintres n’en reviennent toujours pas : « Ce qu’a réalisé l’abbé Paysant est grandiose. C’est un mélange entre l’art populaire et la religion. Une telle oeuvre nous fait penser à la Maison Picassiette à Chartres ou au Palais du facteur Cheval dans la Drôme. » La totalité du financement n’est pas encore réunie (il manque 25 000 euros). Pas de problème : le maire a d’ores et déjà prévu de rallier Rome à Jérusalem l’an prochain pour récolter des dons. À pied toujours.

Sébastien TRANCHANT © Ouest-France