Un remaniement vu par la France «d’en bas»

Remaniement ministériel

Billet d’humeur!

Toutes les gazettes titrent aujourd’hui – et c’est bien normal – sur le remaniement gouvernemental annoncé, mardi 23 juin, par le secrétaire général de l’Elysée. Toutes les radios en ont également parlé ce matin et tous les JT en causeront encore ce midi, voire ce soir. A peu de chose près, les commentaires sont interchangeables : ils présentent les entrants, décryptent les erreurs des sortants, en font des tonnes sur les nouvelles « prises » du sarkozisme et les symboles de la diversité du gouvernement Fillon IV.

Brice Hortefeux décroche – enfin ! – l’Intérieur ;  Luc Chatel  est promu à l’Education nationale ; Christian Estrosi n’est pas secrétaire d’Etat à la sécurité mais ministre de l’Industrie ; la pauvre Rama Yade échoue aux Sports… Ok, mais s’est-on posé la question de la compétence de ce nouveau casting gouvernemental ? Non, et c’est là que le bât blesse.

« Motodidacte »

Alors que Sarkozy rêve depuis des mois de dégager Rama Yade (ce n’est pas moi qui le dit mais la presse), pourquoi la mettre aux Sports ? Elle est trop populaire et représente la diversité française, dit-on, le président ne peut donc pas se passer d’elle. Résultat : au lieu d’être virée, Rama est mutée aux Sports. Qu’est-ce qui  justifie dans le parcours de la jeune femme une nomination à ce secrétariat d’Etat ? On a beau éplucher son CV et ses expériences professionnelles, on ne trouve rien ! Contrairement à Bernard Laporte qui savait au moins de quoi il parlait…quand il parlait de sport.

Même chose concernant Luc Chatel. Lui qui, il y a encore quelques jours, était donné favori pour l’Agriculture et qui finalement a rejoint l’Education Nationale.  Là encore, on a beau chercher, pas l’ombre d’une expérience sur les questions d’éducation. Mais de cette nomination « surprise » de Luc Chatel, c’est encore Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU qui en parle le mieux : « Ce n’est pas quelqu’un qui s’est signalé par son intérêt pour l’éducation, donc je suppose qu’il a été nommé pour d’autres raisons » a déclaré le syndicaliste quelques heures après avoir appris la nouvelle.

Evoquons aussi le cas Estrosi. Celui que les mauvaises langues surnomment « motodidacte » (c’est un ancien champion de France de 750 cc), ancien rapporteur en 2002 du projet de loi sur la sécurité intérieure, est décrit comme un expert des questions de sécurité. Un secrétariat d’Etat à la sécurité intérieure – comme cela a été évoqué un temps – aurait été plutôt logique. Patatras ! Il écope de l’Industrie… Cherchez l’erreur.

Payés 13 000 euros par mois

Rappelons tout de même qu’un secrétaire d’Etat et un ministre gagnent respectivement 12 795  et 13 471 euros par mois (source L’Express). La moindre erreur de casting peut donc rapidement coûter très cher aux contribuables.

A la lumière de ces quelques exemples, une question brûle les lèvres : Pourquoi sommes-nous aussi peu regardant sur les compétences de nos ministres alors que pour décrocher un emploi lambda Mr et Mme Tout-le-Monde se voient sans cesse rétorquer qu’ils n’ont pas le bon profil ? Pourquoi devrait-on systématiquement être surqualifié et subir le phénomène de « déclassement » alors que l’on peut être nommé ministre de l’Education avec un DESS de marketing ? Pourquoi autant d’indulgence pour le sommet et si peu de tolérance pour la base ?
Une question qu’il est malheureusement effrayant de devoir se poser.

Sébastien TRANCHANT

Chez British airways, on travaille gratuitement maintenant

british-airways

Ils ont de l’humour ces Anglais. Mais là, on rit jaune…  La compagnie British Airways a en effet proposé à ses 30 000 salariés britanniques de travailler gratuitement pour – rien que ça ! – permettre à l’entreprise « de survivre ». Le groupe a accusé en 2008 une perte nette de 425 millions d’euros (exercice bouclé au 31 mars) contre un bénéfice record de 712 millions d’euros l’année précédente.

Cette proposition a été adressée aux salariés par un email signé Willie Walsh, le directeur général de la compagnie. En substance, celui-ci demande à ses salariés de travailler bénévolement, voire de prendre un congé sans solde, entre une semaine et un mois afin que l’entreprise réduise le montant de ses pertes. Willie Walsh a lui-même promis de travailler gratuitement en juillet, ce qui fera économiser à British Airways quelque 73 000 euros.

Objectif : 2000 départs

Les réactions ne se sont pas faites attendre. « C’est Non ! Nous n’accepterons pas ça. J’adorerais prendre un mois de congés sans solde mais je ne peux me le permettre » a commenté ironiquement sur le site de la BBC un bagagiste d’Heathrow, l’aéroport de Londres. Il y a un mois, la direction de British Airways avait déjà formulé une demande similaire suivie par « plus de 1000 salariés » selon  la presse britannique. Un chiffre qui visiblement ne satisfait pas totalement Willie Walsh.

Parallèlement à cette proposition, « l’entreprise aimerait obtenir 2000 départs volontaires de personnels navigants sur un total de 14 000. Des départs pourraient également concerner certains pilotes d’ici peu » indique L’Expansion.com

Interrogé sur le « cas British Airways » sur France Inter, Ernest-Antoine Sellière, le patron des patrons européens, a déclaré que cette initiative visait surtout « à protéger l’emploi et à ne pas licencier. Travailler un mois gratuitement, c’est de la formulation. Cela revient en réalité à accepter une baisse d’environ 10 % de salaire. »

(extrait de la matinale de France Inter du 18 juin. Durée : 2 mn)

Il y a quelques semaines, Cathay Pacific avait également encouragé ses salariés à prendre des congés non rémunérés. En pleine tourmente économique, les compagnies aériennes sont contraintes de se restructurer les unes après les autres.

Sébastien TRANCHANT