Se loger sans se ruiner pour un voyage d’affaires à Paris, mission impossible ? L’Entreprise a voulu en avoir le coeur net. Et a lancé un pari à l’un de ses journalistes. Il l’a gagné. Récit de sa chasse aux bons plans.
Il en a de bonnes, mon rédacteur en chef. « Sachant qu’un chef d’entreprise dépense en moyenne 100 euros par nuit s’il doit se loger à Paris, tu vas chercher un bon hôtel, mais à 60 euros ! Et pas en banlieue… » Il n’était pas sûr que cela soit possible. Et moi donc, quand j’ai appris que même les deux-étoiles de la capitale affichent un tarif moyen de 84 euros la nuit ! Mais j’ai bien l’intention de le gagner, ce pari. L’offre défrichée, trois axes de recherche se présentent à moi : les hôtels traditionnels, les promotions des chaînes et les chambres d’hôtes chez l’habitant. J’oublie les arrondissements du bord de Seine pour regarder vers l’est et le nord de Paris, où le prix du foncier est moins élevé. « Aux alentours de 60 euros, vous n’obtiendrez que des une-étoile, voire les deux-étoiles les moins rénovés. Internet ne sera pas disponible, la télévision ne sera pas câblée et le petit déjeuner sera frugal », me dit-on à l’office de tourisme de Paris. Verdict : vrai et faux.
Petits hôtels plus ou moins corrects
Depuis 1986, les tarifs hôteliers sont libres. Résultat : un taudis se loue parfois plus cher qu’un hôtel confortable. Il faut aussi se méfier de ce qu’on lit sur le web. Un établissement bas de gamme n’offre pas le service wi-fi ! Le contraire est un mensonge. Or, sur le site de l’office de tourisme de Paris, l’hôtel Athéna, référencé une étoile et situé dans le IXe arrondissement, se vante de proposer la connexion wi-fi et des chambres à partir de 35 euros. Sur place, je me rends compte que les tarifs oscillent entre 42 et 54 euros et que les chambres, à la propreté tout juste passable, ne sont pas équipées de wi-fi. « Internet ? Ça marche comment, ça ? » me rétorque même le tenancier.
Sur près de 600 hôtels indépendants recensés une et deux étoiles à Paris, il est inévitable de rencontrer ce genre d’arnaque. Mais la capitale recèle aussi de petites perles comme le Palma Hôtel, situé à 150 mètres du métro Gambetta. L’établissement propose une chambre climatisée avec douche/WC pour 57 euros en période « hors salons » (59 euros autrement) . Les hôteliers pratiquent un tarif préférentiel durant les saisons où la clientèle d’affaires tend à déserter la capitale. Ce fameux « hors salons » est en vigueur de décembre à février et en juillet-août. Le rabais va jusqu’à 40% dans un hôtel de chaîne, contre 12% chez un indépendant. Atout supplémentaire pour « mon » hôtel : la chambre est équipée d’une télévision câblée (15 chaînes) et d’une connexion wi-fi au forfait de 2,95 euros la journée ! Le petit déjeuner à 6 euros n’est pas compris mais « est offert en période creuse ». A ce prix-là, c’est ce qu’on fait de mieux. Le patron, Bertrand Lecourt, par ailleurs président de la chambre syndicale des hôteliers de Paris, le dit lui-même : « Du fait de mes responsabilités syndicales, je me dois aussi de montrer l’exemple. » Et c’est tant mieux pour moi !
Chaînes abordables lors des promos
Les chaînes d’hôtels pratiquent le yield ! Cela signifie qu’elles bradent le prix de leurs chambres quand le taux d’inoccupation est trop élevé. Le montant des promos, les périodes de rabais (les mois « hors salons » auxquels s’ajoutent des offres ponctuelles liées à des annulations) diffèrent selon les politiques maison. Mais les clients obtiennent sans mal jusqu’à 40% de remise, quelle que soit la catégorie de l’hôtel. Dans ces conditions, un beau trois-étoiles des Champs-Elysées reste abordable. Pour dégoter des rabais monstres, internet est l’outil idéal. Sur des sites comme Opodo.fr, Lastminute.com, Voyages-sncf.com, Expedia.fr ou encore Parisinfo.com, j’ai trouvé des tonnes de promos en quelques clics. Et, si les chambres bradées semblent épuisées, on peut toujours passer le coup de fil de la dernière chance, au cas où un groupe viendrait d’annuler sa réservation.
Hors promos, seulement quinze hôtels de chaîne – dont sept deux-étoiles – proposent des chambres à moins de 60 euros la nuit. Ils sont situés dans les XIVe, XVe, XIXe, XXe arrondissements et aux portes de la capitale. Avec mon budget restreint, impossible en période « salon » d’élire domicile dans un Ibis ou un Libertel aux tarifs compris entre 75 et 90 euros la nuit. Je dois me rabattre sur des enseignes plus modestes comme Etap Hôtel (entre 41 et 47 euros, petit déjeuner non compris).
Il n’est pas plus rentable de s’installer dans un hôtel de proche banlieue. L’économie faite sur la chambre est engloutie dans la course du taxi qui m’emmène à mon centre d’affaires. Le bon plan, c’est un hôtel à proximité d’une bouche de métro et situé juste de l’autre côté du boulevard périphérique. Selon qu’un deux-étoiles se trouve à l’intérieur ou à l’extérieur du périph, la note chute en moyenne de 6 euros. De 4 euros pour la catégorie inférieure.
Chambres d’hôtes plutôt rares
Par rapport à Londres, par exemple, où les Bed and Breakfast abondent, Paris est à la traîne. La ville travaille à la rédaction d’une charte qualité des chambres d’hôtes. Un label devrait même voir le jour d’ici à l’été. A l’heure actuelle, quelques chambres se louent, en périphérie, de 50 à 60 euros la nuit. Gros inconvénients : la salle de bains à partager quasi systématiquement avec les hôtes, le petit déjeuner en commun. Et pas question de commander un sandwich à minuit ! Bref, la formule n’est pas la plus adaptée aux patrons voyageurs.
L’enseigne Bed and Breakfast Italia a peut-être trouvé un compromis acceptable. Et pour un budget maximal de 49,90 euros par personne et par nuit. Le champion italien des chambres d’hôtes recherche des appartements « plus indiqués pour recevoir des chefs d’entreprise ». « Plus indiqués » signifiant localisés en centre-ville, confortables, équipés d’un accès internet dans la chambre, éventuellement d’un fax. « D’ici à septembre, on aura sélectionné une vingtaine d’adresses », estime Luca Trizzino, responsable du projet. En Italie, la formule « business » cartonne : en deux ans et demi, 1 500 adresses ont été répertoriées, pour un chiffre d’affaires de 550 000 euros, soit plus de 20% du chiffre d’affaires global du groupe ! En attendant, la seule alternative à Paris s’articule autour de la location d’appartements tout équipés.
J’ai cherché à Paris une chambre d’hôtel à 60 €
Se loger sans se ruiner pour un voyage d’affaires à Paris, mission impossible ? L’Entreprise a voulu en avoir le coeur net. Et a lancé un pari à l’un de ses journalistes. Il l’a gagné. Récit de sa chasse aux bons plans.
Il en a de bonnes, mon rédacteur en chef. « Sachant qu’un chef d’entreprise dépense en moyenne 100 euros par nuit s’il doit se loger à Paris, tu vas chercher un bon hôtel, mais à 60 euros ! Et pas en banlieue… » Il n’était pas sûr que cela soit possible. Et moi donc, quand j’ai appris que même les deux-étoiles de la capitale affichent un tarif moyen de 84 euros la nuit ! Mais j’ai bien l’intention de le gagner, ce pari. L’offre défrichée, trois axes de recherche se présentent à moi : les hôtels traditionnels, les promotions des chaînes et les chambres d’hôtes chez l’habitant. J’oublie les arrondissements du bord de Seine pour regarder vers l’est et le nord de Paris, où le prix du foncier est moins élevé. « Aux alentours de 60 euros, vous n’obtiendrez que des une-étoile, voire les deux-étoiles les moins rénovés. Internet ne sera pas disponible, la télévision ne sera pas câblée et le petit déjeuner sera frugal », me dit-on à l’office de tourisme de Paris. Verdict : vrai et faux.
Petits hôtels plus ou moins corrects
Depuis 1986, les tarifs hôteliers sont libres. Résultat : un taudis se loue parfois plus cher qu’un hôtel confortable. Il faut aussi se méfier de ce qu’on lit sur le web. Un établissement bas de gamme n’offre pas le service wi-fi ! Le contraire est un mensonge. Or, sur le site de l’office de tourisme de Paris, l’hôtel Athéna, référencé une étoile et situé dans le IXe arrondissement, se vante de proposer la connexion wi-fi et des chambres à partir de 35 euros. Sur place, je me rends compte que les tarifs oscillent entre 42 et 54 euros et que les chambres, à la propreté tout juste passable, ne sont pas équipées de wi-fi. « Internet ? Ça marche comment, ça ? » me rétorque même le tenancier.
Sur près de 600 hôtels indépendants recensés une et deux étoiles à Paris, il est inévitable de rencontrer ce genre d’arnaque. Mais la capitale recèle aussi de petites perles comme le Palma Hôtel, situé à 150 mètres du métro Gambetta. L’établissement propose une chambre climatisée avec douche/WC pour 57 euros en période « hors salons » (59 euros autrement) . Les hôteliers pratiquent un tarif préférentiel durant les saisons où la clientèle d’affaires tend à déserter la capitale. Ce fameux « hors salons » est en vigueur de décembre à février et en juillet-août. Le rabais va jusqu’à 40% dans un hôtel de chaîne, contre 12% chez un indépendant. Atout supplémentaire pour « mon » hôtel : la chambre est équipée d’une télévision câblée (15 chaînes) et d’une connexion wi-fi au forfait de 2,95 euros la journée ! Le petit déjeuner à 6 euros n’est pas compris mais « est offert en période creuse ». A ce prix-là, c’est ce qu’on fait de mieux. Le patron, Bertrand Lecourt, par ailleurs président de la chambre syndicale des hôteliers de Paris, le dit lui-même : « Du fait de mes responsabilités syndicales, je me dois aussi de montrer l’exemple. » Et c’est tant mieux pour moi !
Chaînes abordables lors des promos
Les chaînes d’hôtels pratiquent le yield ! Cela signifie qu’elles bradent le prix de leurs chambres quand le taux d’inoccupation est trop élevé. Le montant des promos, les périodes de rabais (les mois « hors salons » auxquels s’ajoutent des offres ponctuelles liées à des annulations) diffèrent selon les politiques maison. Mais les clients obtiennent sans mal jusqu’à 40% de remise, quelle que soit la catégorie de l’hôtel. Dans ces conditions, un beau trois-étoiles des Champs-Elysées reste abordable. Pour dégoter des rabais monstres, internet est l’outil idéal. Sur des sites comme Opodo.fr, Lastminute.com, Voyages-sncf.com, Expedia.fr ou encore Parisinfo.com, j’ai trouvé des tonnes de promos en quelques clics. Et, si les chambres bradées semblent épuisées, on peut toujours passer le coup de fil de la dernière chance, au cas où un groupe viendrait d’annuler sa réservation.
Hors promos, seulement quinze hôtels de chaîne – dont sept deux-étoiles – proposent des chambres à moins de 60 euros la nuit. Ils sont situés dans les XIVe, XVe, XIXe, XXe arrondissements et aux portes de la capitale. Avec mon budget restreint, impossible en période « salon » d’élire domicile dans un Ibis ou un Libertel aux tarifs compris entre 75 et 90 euros la nuit. Je dois me rabattre sur des enseignes plus modestes comme Etap Hôtel (entre 41 et 47 euros, petit déjeuner non compris).
Il n’est pas plus rentable de s’installer dans un hôtel de proche banlieue. L’économie faite sur la chambre est engloutie dans la course du taxi qui m’emmène à mon centre d’affaires. Le bon plan, c’est un hôtel à proximité d’une bouche de métro et situé juste de l’autre côté du boulevard périphérique. Selon qu’un deux-étoiles se trouve à l’intérieur ou à l’extérieur du périph, la note chute en moyenne de 6 euros. De 4 euros pour la catégorie inférieure.
Chambres d’hôtes plutôt rares
Par rapport à Londres, par exemple, où les Bed and Breakfast abondent, Paris est à la traîne. La ville travaille à la rédaction d’une charte qualité des chambres d’hôtes. Un label devrait même voir le jour d’ici à l’été. A l’heure actuelle, quelques chambres se louent, en périphérie, de 50 à 60 euros la nuit. Gros inconvénients : la salle de bains à partager quasi systématiquement avec les hôtes, le petit déjeuner en commun. Et pas question de commander un sandwich à minuit ! Bref, la formule n’est pas la plus adaptée aux patrons voyageurs.
L’enseigne Bed and Breakfast Italia a peut-être trouvé un compromis acceptable. Et pour un budget maximal de 49,90 euros par personne et par nuit. Le champion italien des chambres d’hôtes recherche des appartements « plus indiqués pour recevoir des chefs d’entreprise ». « Plus indiqués » signifiant localisés en centre-ville, confortables, équipés d’un accès internet dans la chambre, éventuellement d’un fax. « D’ici à septembre, on aura sélectionné une vingtaine d’adresses », estime Luca Trizzino, responsable du projet. En Italie, la formule « business » cartonne : en deux ans et demi, 1 500 adresses ont été répertoriées, pour un chiffre d’affaires de 550 000 euros, soit plus de 20% du chiffre d’affaires global du groupe ! En attendant, la seule alternative à Paris s’articule autour de la location d’appartements tout équipés.
Sébastien TRANCHANT © Magazine L’Entreprise