Le mirage du boulot par le buzz

« Un exercice casse-gueule. » C’est ainsi que de nombreux recruteurs jugent cette pratique de plus en plus répandue parmi les chômeurs consistant à faire du buzz autour de leur personne. Depuis quelque temps, CV vidéos, blogs aux slogans chocs, campagnes de «street marketing» et distribution de CV dans les rues ont la cote chez les demandeurs d’emploi. On se souvient -pour ne citer qu’eux- de Jean-Pierre Le Floch, directeur financier quinquagénaire qui promettait 50.000 euros à celui qui lui trouverait un job; d’Isabelle Moreau qui « communiquait niquait-niquait » en chanson par CV vidéo interposé, ou encore de Bernard Mauriange, directeur commercial, qui -lorsqu’il était encore au chômage- se vendait comme un paquet de lessive en 4×3 sur une route de campagne. Pour exorciser leur peur du déclassement, ces demandeurs d’emploi bravent le ridicule: tout est bon pour trouver un job et « tenir psychologiquement » après des mois de recherches infructueuses.

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Chez British airways, on travaille gratuitement maintenant

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Ils ont de l’humour ces Anglais. Mais là, on rit jaune…  La compagnie British Airways a en effet proposé à ses 30 000 salariés britanniques de travailler gratuitement pour – rien que ça ! – permettre à l’entreprise « de survivre ». Le groupe a accusé en 2008 une perte nette de 425 millions d’euros (exercice bouclé au 31 mars) contre un bénéfice record de 712 millions d’euros l’année précédente.

Cette proposition a été adressée aux salariés par un email signé Willie Walsh, le directeur général de la compagnie. En substance, celui-ci demande à ses salariés de travailler bénévolement, voire de prendre un congé sans solde, entre une semaine et un mois afin que l’entreprise réduise le montant de ses pertes. Willie Walsh a lui-même promis de travailler gratuitement en juillet, ce qui fera économiser à British Airways quelque 73 000 euros.

Objectif : 2000 départs

Les réactions ne se sont pas faites attendre. « C’est Non ! Nous n’accepterons pas ça. J’adorerais prendre un mois de congés sans solde mais je ne peux me le permettre » a commenté ironiquement sur le site de la BBC un bagagiste d’Heathrow, l’aéroport de Londres. Il y a un mois, la direction de British Airways avait déjà formulé une demande similaire suivie par « plus de 1000 salariés » selon  la presse britannique. Un chiffre qui visiblement ne satisfait pas totalement Willie Walsh.

Parallèlement à cette proposition, « l’entreprise aimerait obtenir 2000 départs volontaires de personnels navigants sur un total de 14 000. Des départs pourraient également concerner certains pilotes d’ici peu » indique L’Expansion.com

Interrogé sur le « cas British Airways » sur France Inter, Ernest-Antoine Sellière, le patron des patrons européens, a déclaré que cette initiative visait surtout « à protéger l’emploi et à ne pas licencier. Travailler un mois gratuitement, c’est de la formulation. Cela revient en réalité à accepter une baisse d’environ 10 % de salaire. »

(extrait de la matinale de France Inter du 18 juin. Durée : 2 mn)

Il y a quelques semaines, Cathay Pacific avait également encouragé ses salariés à prendre des congés non rémunérés. En pleine tourmente économique, les compagnies aériennes sont contraintes de se restructurer les unes après les autres.

Sébastien TRANCHANT

Crise, séquestration : la foire aux formations bidons

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Billet d’humeur!

Arnaque ou pas, le débat est ouvert. Depuis quelques jours, Vae Solis, un cabinet de conseil parisien on ne peut plus sérieux, propose à ses clients chefs d’entreprise une formation un peu particulière consacrée (je vous le donne en mille) à la séquestration. Ce qu’il y a de tragique en période de sinistrose c’est qu’on trouve toujours des petits malins capables de transformer la crise en marché. Avec succès ? L’avenir nous le dira : car cela suppose de trouver beaucoup de pigeons qui acceptent de se faire plumer…

En tout cas, le plan de com’ de la dite formation montre les muscles : à côté des formules ronflantes genre « expertise comportementale de haut niveau », « plan action/réaction », « choix de posture », on nous informe que parmi les intervenants figurent d’anciens négociateurs des unités spéciales. Comprenez RAID et GIGN.

(écouter Arnaud Dupui-Castérès, président de Vae Solis corporate sur Europe1 : 1′01′)

« La séquestration est un levier de négociation à la seule condition qu’elle soit médiatisée. C’est donc un enjeu d’image pour lequel la stratégie de communication doit être anticipée, cohérente et concertée au sein de l’équipe dirigeante » poursuit Arnaud Dupui-Castérès, pour justifier le bien fondé de cette formation.

Q’un cabinet rebondisse sur l’actualité du moment pour concocter une petite formation par « opportunisme économique », on est prêts à fermer les yeux. Le problème, c’est que ce n’est pas le seul à agir de la sorte. Ainsi, depuis plusieurs mois, nous voyons fleurir un nombre incalculable de formations anti-crise : « manager en période de crise : mode d’emploi » ; « accompagner le changement en situation de crise » ; « maîtriser la relation avec les banques pendant la crise » ; « lancer un nouveau produit en période de crise », j’en passe… Une pincée de psychologie par ici, un doigt d’expertise par là, un zest d’analyse par dessus. Des ateliers en veux-tu en voilà, souvent pas donnés de surcroît, qui nous persuaderaient presque que la crise c’est « bankable ». Messieurs les formateurs, un conseil : formez-vous à la tempérance, vous économiserez votre salive…

Sébastien TRANCHANT

CV originaux : pour le meilleur et pour le pire

Je ne peux pas résister à l’envie de vous montrer deux CV pour le moins originaux. Le premier serait l’exemple à suivre (dans la mesure du possible) ; le second ce qu’il faut éviter à tout prix! L’excellence et son contraire, d’une certaine manière.

On commence par le bon : c’est le CV de Jean-Benoist Werth, un jeune homme brillant et qui après des expériences professionnelles variées (Euro RSCG, CCI de Nice, création d’une start up) se retrouve en difficulté avec la crise. (voir la vidéo réalisée par l’agence 3pe)

Le second, qui se fait appeler Dragon volant en fait – comment dire – un peu trop… Ce jeune homme est sûrement très talentueux (il maîtrise à merveille les effets visuels), mais je lui conseillerais de lever un peu le pied. Et même si son CV fait actuellement un carton sur Facebook, je doute qu’il trouve rapidement un job. On parie ? Pour voir le chef-d’oeuvre, cliquez ici (attention ça pique un peu les yeux).

Petit bonus : dans le même genre, le « flash CV » d’Asmar vaut aussi son pesant de cacahuètes. Entre soleil couchant oriental et billard à trois bandes…

S.T

Comment Fram veut retrouver ses couleurs

Pour Fram, 2003 fut une année noire. Le déclenchement de la guerre en Irak, la pneumonie atypique en Asie, le ralentissement économique plus les perturbations monétaires, la montée en puissance de Thomas Cook (ex-Havas Voyages) dans le secteur des voyagistes et le lancement de la marque TUI en France par Nouvelles Frontières… Cette accumulation fait dire à Georges Colson, le président du directoire, que, « dans l’histoire de Fram, aucune année n’a été aussi fertile en éléments négatifs ». Un cauchemar bien réel, car le troisième tour-opérateur français est entré dans le rouge pour la première fois de son existence. Il a enregistré en 2003 14 millions d’euros de pertes nettes consolidées, contre un bénéfice de 4 millions l’année précédente. « Un coup d’assommoir », pour Georges Colson. 2004 s’imposait comme l’« année du rebond » mais la persistance de la crise économique a fait revoir à la baisse les objectifs du groupe. Fram visera finalement le «zéro pour cent de croissance», selon Georges Colson. C’était compter sans l’augmentation du prix du pétrole et l’annonce de la part des compagnies de ne plus verser de commission de vente aux agents de voyage. Deux événements qui, début juin, ont décidé Fram à augmenter de 8 à 12 euros ses tarifs selon les transporteurs aériens utilisés. Cette somme d’avatars contraint désormais Fram à forcer l’optimisme pour 2005. Son atout : malgré les aléas, la marque n’a pas été désavouée par sa clientèle. Celle-ci a progressé de 1,56%, à 555 000 clients, une augmentation plus qu’honorable quand on sait que l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a annoncé en janvier la plus forte baisse de son histoire avec un recul de 1,2%, à 694 millions de touristes. Restait à élaborer une stratégie de reconquête.

Le grand ménage dans les finances

Les pertes de 2003 sont dues à une stratégie de couverture de change catastrophique, qui a eu des conséquences importantes sur la partie financière des comptes de la société mère. « Au cours de l’année 2003, le dollar a perdu près de 25% face à l’euro. Le groupe avait anticipé une stratégie de couverture qui n’avait pas prévu ce scénario et, résultat, nous étions mal couverts. Cette hausse a surpris tout le monde, et Fram n’est pas la seule entreprise à avoir pâti de cette situation », déclare Michel Cabrol, directeur adjoint aux finances. Au siège de Fram, on ne cache pas que cette erreur financière a du mal à passer. « Nous nous sommes laissés entraîner dans une stratégie à risque et c’est bien dommage, car, sans cet accident, nous aurions certainement fini l’année avec un excédent de 10 millions d’euros », regrette Georges Colson. Car le voyagiste avait bien résisté aux trous d’air de 2003, avec un chiffre d’affaires en hausse de 2,7% à 530,5 millions d’euros et un résultat d’exploitation positif à 7,66 millions d’euros. Fram faisait plutôt figure de bon élève. Et patatras! « On a pris les mesures pour qu’une chose pareille ne se reproduise plus », lance sobrement Georges Colson. En clair, la stratégie de couverture a été revue et le directeur financier remplacé après trente-cinq ans de maison. « Une décision qui a été très difficile à prendre », reconnaît le président. Un changement dans l’organigramme mal vécu par la direction, car il sonne comme un accroc à l’image de camaraderie soignée depuis des années par l’entreprise. Georges Colson envisage également de changer de partenaires bancaires. La situation n’est toutefois pas désespérée : pour rebondir, Fram peut compter sur un trésor de guerre de 145 millions d’euros constitué grâce à une gestion prudente de ses actifs. Un luxe qui permet de traverser les périodes sombres, de maintenir les emplois et, surtout, d’avoir une vraie marge de manoeuvre financière. « La situation dans le secteur du tourisme est difficile. Ce n’est pas le moment de se lancer dans une stratégie coûteuse. Mais nous restons vigilants au cas où des opportunités se présenteraient », nuance Michel Cabrol. Comme l’acquisition de complexes hôteliers.

Un « grand plus » sur les « petits prix »

L’un des principaux objectifs du voyagiste est d’élargir sa gamme de prestations premiers prix. « Dans la mesure où nous vivons une crise de la consommation et de l’achat, il faut redonner envie aux gens de partir en vacances », souligne Georges Colson. Fram entend concentrer une grosse partie de ses efforts au développement de ces formules « petits prix Framéco », actuellement proposées dans dix-neuf établissements deux et trois étoiles. Georges Colson espère amener ce chiffre à « vingt-cinq d’ici à 2005 » et, du même coup, séduire une clientèle aux moyens plus modestes. Les nouvelles formules concerneront les destinations phares du voyagiste, l’Espagne et le Maghreb. Le groupe ne laisse pas tomber pour autant le développement de son offre de référence, les Framissima, un concept de formule hôtelière exclusive et haut de gamme, qui fête cette année ses vingt ans.

Réinvestir dans les valeurs sûres

Même si Georges Colson a renoncé à son objectif d’une trentaine d’établissements en 2005 – le groupe en dénombre vingt-trois –, Fram continue d’investir dans la construction d’hôtels tout en se concentrant sur les pays du bassin méditerranéen, ses valeurs sûres. Après l’ouverture du Framissima d’Hurghada en Egypte l’hiver dernier et la prise en gestion, en avril, du complexe Les 4 saisons en Tunisie, la construction d’un autre quatre étoiles dans la zone d’aménagement touristique Aguedal, à Marrakech, a commencé il y a quelques jours. Un renforcement de position au Maroc qui n’a rien d’anodin, le roi Mohammed VI ayant déclaré vouloir augmenter la capacité d’accueil de son pays à dix millions de touristes d’ici à 2010. En prévision de ce flot de vacanciers, le Framissima de Marrakech, le club Les Idrissides, s’est équipé avant l’été d’un centre de balnéothérapie dernier cri. Ce mois-ci, Fram lance une nouvelle campagne de communication pour présenter la saison 2004-2005. Car, si le voyagiste affiche un taux de fidélisation exceptionnel (plus de 64% de sa clientèle), son staff est conscient qu’il ne faut pas relâcher la pression publicitaire. « La notoriété, ça s’entretient », répète à l’envi Georges Colson.

La percée de l’internet « B to B »

En retard par rapport à ses concurrents directs sur ce créneau, Fram s’apprête à ajouter le web à son réseau de distribution. Actuellement, seuls les agents de voyages affiliés accèdent aux offres du voyagiste via un site B to B lancé au mois d’avril. Grâce à ce système, ils peuvent connaître les disponibilités des clubs et en informer leurs clients. En six mois d’existence, ce service représente plus de 10 % des réservations. Un succès qui n’a pas tardé à convaincre la direction d’envisager la création d’une version B to C, car, aujourd’hui, les consommateurs Fram ne peuvent encore directement ni réserver ni payer leurs séjours sur le site du tour-opérateur. Une lacune que Georges Colson espère combler dès le printemps 2005. « Nous n’avons pas le droit d’être absents sur ce nouveau moyen de distribution », explique-t-il. Plusieurs centaines de milliers d’euros seront investies à la réalisation de cet « aménagement indispensable », qui représentera 10% des ventes d’ici trois à quatre ans. La création d’un site B to C ne signifie pas pour autant bradage des prix, chose à laquelle s’est toujours refusé Georges Colson, par « respect de tous les clients ». Plus qu’un outil utile aux réservations de dernière minute, ce site serait un « accélérateur de décision ». Le voyagiste semble tenir le pari qu’un accès rapide à une information claire et à un mode de paiement sécurisé puisse relancer l’achat coup de coeur auprès d’une clientèle qui décide de ses vacances de plus en plus tard.

Toujours plus d’agences en propre

Fram envisage de continuer à développer son propre réseau d’agences commencé avec la création de sa filiale Fram Agences en novembre 2000 et nanti d’un budget de 45 millions d’euros. Le voyagiste dispose d’un réseau de 75 agences en propre et peut compter sur le soutien d’une centaine d’affiliés (les « ambassades »), le tout représentant 28% de ses ventes. « Concernant la distribution, notre objectif à l’horizon 2005 est de pouvoir compter 100 agences et 150 ambassades et de réaliser 35% de nos ventes via ces réseaux », explique Marie-Christine Chaubet, directrice générale de Fram et présidente de Fram Agences. Un moyen d’affirmer un peu plus son indépendance : en 2003, les ventes du voyagiste par l’intermédiaire du réseau Thomas Cook ont baissé de 8%. En 2002, elles représentaient 12% du chiffre d’affaires de ce dernier. Les projets d’ouvertures d’agences seront concentrés en région parisienne.

Sébastien TRANCHANT © Magazine L’Entreprise