Anne Queffélec, un talent pianissimo forte
2 fév, 2007 parcours
Elle se remémore souvent les paisibles promenades en pays d’Iroise avec l’île d’Ouessant à l’horizon. Sa famille y possédait une maison jusqu’au milieu des années 1960. « Nous descendions de Paris pour y passer nos vacances et de nombreux week-ends. Nous vivions totalement à l’écart du modernisme, sans télévision ni voiture, mais nous étions entourés de livres », se souvient la pianiste, devenue une habituée de la Folle journée. « Un festival hors du commun, une fête extraordinaire » précise celle qui affectionne particulièrement les compositeurs Erik Satie et Henri Dutilleux.
Anne Queffélec, qui aura 59 ans cette année, parle avec des yeux tendres de son adolescence : « Mes parents possédaient des qualités humaines hors normes. Mon frère, Yann, et moi, nous communiquions beaucoup avec eux. Mon père [l'écrivain Henri Queffélec] nous enveloppait de son intelligence et ma mère était un génie de l’amour. » Aujourd’hui, l’artiste, qui a fait ses classes au Conservatoire national de Paris, multiplie les concerts et les disques, après avoir été lauréate de nombreux prix. Une carrière internationale pas toujours aisément conciliable avec la condition de mère. « J’ai bien sûr traversé des périodes de culpabilisation. Très vite, j’ai expliqué à mes deux fils que mon absence serait une donnée de leur existence. En voyage, je les appelle le plus souvent possible et leur écris beaucoup. » Gaspard, l’aîné, âgé de 19 ans, souhaite devenir pianiste comme sa mère. Quant à Arthur, le benjamin, elle lui a « donné la permission d’arrêter le piano. A 16 ans, il préfère la danse hip-hop et fait même partie d’une troupe. »
Sa douceur, Anne Queffélec ne la partage pas juste avec ses proches. « Après quarante ans de carrière, de voyages et de solitude, je ressens de plus en plus le besoin de transmettre. » Chaque trimestre, la soliste tient des « master-class » [cours exceptionnels] à l’Ecole normale de musique de Paris et profite aussi de chaque concert pour rencontrer des élèves. « La passion, c’est primordial, insiste-t-elle. Notre jeunesse irait beaucoup mieux si on lui montrait plus souvent le chemin à suivre. Il faut combattre l’oisiveté, car en chacun de nous il y a quelque chose de beau à découvrir. »
Sébastien TRANCHANT © 20 Minutes
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