« Redonner une dignité aux exclus »

Un an après son ouverture dans le quartier populaire de La Guérinière à Caen, le restaurant gastronomique l’Assiette sans frontières ne désemplit pas. Son gérant bénévole, Yves Gardet ne se lasse pas de regarder le va-et-vient des clients entre 12 heures et 14 heures. Son restaurant gastronomique bénéficie du statut d’entreprise d’insertion, et Yves a été nominé parmi les treize lauréats du concours national Talents des cités 2006.

« Ici, on redonne une dignité aux exclus en leur fournissant un travail. Même dans une cité sensible, les gens ont le droit de manger un foie gras poêlé et des mets à des prix raisonnables. » L’établissement, qui emploie six salariés en CDD jusqu’ici en situation d’exclusion, a trouvé très vite sa clientèle. Et son équilibre financier. « J’ai confié l’étude de marché à des habitants de la Guérinière. D’ailleurs, l’enseigne du resto a été trouvée par un jeune bien connu des services sociaux » dit Yves en souriant. Une idée qui fait son chemin, puisque que Le Havre, Cholet, Villeneuve-la-Garenne mais aussi des municipalités suédoise et italienne souhaitent s’inspirer du concept.

A l’origine de ce restaurant « qui mêlent les saveurs d’ici et d’ailleurs », il y a l’association les Chemins de traverses qui développe des outils d’insertion « différents ». Ainsi ont été créés, non seulement ce restaurant, mais aussi un lieu d’écoute, un atelier multimédia, un pôle d’échanges solidaires, un atelier de confection et un magazine d’actualité « Le Bouffon ». « Grâce à ces initiatives, les gens entreprennent à nouveau des choses ensemble et se reconstruisent une identité » se félicite Yves.

Ancien professeur d’anglais, il s’est engagé dans le social par « profonde empathie pour les autres ». Un dynamisme et des convictions qui ne se confondent pas avec un engagement politique : « Je me sens beaucoup plus utile dans l’ombre, à monter des projets ». Ainsi, il n’est pas peu fier d’avoir permis à Mohamed, un jeune de la Guerinière, de réaliser son rêve : « Il voulait devenir pompier…il a intégré une compagnie de sapeurs le 1er janvier dernier. Réussir des choses comme ça, c’est cela qui me plaît. »

Sébastien TRANCHANT © Le Parisien